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Ces étranges bourgs-centre…

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bourg-cntrl.  

Ils sont apparus à l’entrée de plusieurs de nos chefs-lieux de canton où gros villages, portés par la communication institutionnelle de la région (avec une étrangeté dans l’étrangeté car Reynés avec 1364 habitants y figure !). Je dois avouer que je suis passé à côté dans ma première approche en négligeant l’importance de l’impact de cette qualification officielle. J’avais bien sûr ressenti la dissonance avec nos habitudes de penser notre territoire. La suite et l’observation des réactions sur les réseaux sociaux m’a remis dans le droit chemin du pragmatisme : la signification réelle est dans les conséquences pratiques… il faut donc que je complète l’analyse …

Pourquoi cet effet ?

Évidemment, parce que c’est un écrit en « langue étrangère » et pour les plus radicaux d’entre nous dans la « langue de l’occupant ». Vous avez sûrement remarqué les guillemets ci-dessus ; ils désignent un usage métaphorique des termes qu’ils encadrent. Mais c’est la seule façon d’appréhender l’effet de rejet manifeste de ce terme qui, aux yeux de personnes qui vivent sur notre territoire, est une façon de le nommer qui efface sa réalité en vue d’un usage perçu comme malveillant. On soupçonne fortement la manœuvre, on sent que nos réactions vont être testées, qu’il y a là le début de quelque chose, certainement une régression… les commentaires recueillis l’attestent indubitablement.

Bref retour sur les origines….

Quand on fait l’interrogation Google sur « bourg-centre », on tombe sur une abondante littérature, relative pour l’essentiel à l’aménagement du territoire, mélangée avec celle sur les centre-bourgs et même les petites villes[1] … Je ne vais pas alourdir le propos en dissertant sur les concepts urbanistiques. Car là n’est pas l’essentiel. Je n’en retiendrai que deux éléments :

  • Ce sont des outils pour penser les problématiques des espaces ruraux ou périurbains ; ils reflètent la louable préoccupation de l’Etat de les prendre mieux en charge … ce faisant il est pleinement dans son rôle et on ne saurait le lui reprocher… la suite administrative logique ce sont des cadres définis pour des appels à candidature[2], des dossiers, des demandes de subventions, etc … Mais là n’est pas la question …
  • Car on vérifie une fois de plus que le diable se cache dans les détails. En effet, à tout concept est attaché un ensemble de choses (ici un ensemble d’agglomérations particulières) et une étiquette portant  son nom … et c’est là que le bât blesse… car ce nom « bourg » (« centre » n’a pas de potentiel toxique) vient du nord géographiquement et de loin historiquement (voir la photo en tête de l’article)… et in fine l’étiquette « bourg » se retrouve à l’entrée de nos gros villages, dans le même wagon que la signalétique déjà lourde de sens de la région Occitanie … laquelle ne cesse de nous déclarer sa flamme… sauf que cette flamme  consume un peu plus la catalanité encore présente dans notre imaginaire …
  • D’autant plus que nous avons une histoire avec ce terme ! Elle concerne l’enclave de Llivía qui doit son rattachement à l’Espagne au fait qu’elle n’était pas vraiment un « bourg » mais une « vila » depuis 1582 … une controverse commencée dès 1659 après le Traité de la Bidassoa et réglée définitivement en 1866 par le Traité de Bayonne »[3]… Comme quoi l’histoire remet le couvert : nous n’avons toujours pas de bourg en Catalogne …hormis Bourg-Madame, ex « Guinguetta d’Hix » dont les habitants restent les « Guinguettois »[4]

L’imposition de significations 

Les communicants missionnés par la région (choisis comme il se doit après appel d’offres) sont assez avertis je pense pour avoir conscience que le terme « bourg-centre » est sémiotiquement « chargé ». En aménagement du territoire il relève, au plus haut niveau, de la « théorie des lieux centraux » qui s’embarrasse très peu des particularités territoriales. Dans des têtes modelées par le jacobinisme historique, il induit naturellement l’ignorance des particularités et notamment la différence de réception entre les habitants des anciennes provinces de langue d’Oïl du nord de la Loire et ceux de langue d’Oc au sud … Et la conséquence pratique c’est que ces panneaux sont porteurs de significations hors de notre espace et de notre temps et qu’ils tendent objectivement à nous les imposer en multipliant leurs occurrences sur notre territoire. Qu’il y ait une volonté affirmée et première de poursuivre ce but n’est pas certain, pour l’instant … mais qu’on ait laissé cette logique administrative produire cet effet-là est déjà tout à fait avéré…

Conclusion  

Le Pays Catalan entrera-t-il en lutte pour que ses villes et ses villages restent des enclaves catalanes en Occitanie ?  

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